Quand un paramédical vous évite d’aller aux urgences
PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE Le paramédical communautaire David Ouellet Vincent Brousseau-Pouliot La Presse Avec son uniforme, ses épaules carrées et son air sérieux, David Ouellet a le look typique d’un paramédical. Mis à jour le 16 a
PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE
Le paramédical communautaire David Ouellet
Vincent Brousseau-Pouliot La Presse
Avec son uniforme, ses épaules carrées et son air sérieux, David Ouellet a le look typique d’un paramédical.
Mis à jour le 16 août
Sauf qu’il n’est pas un paramédical comme les autres.
David Ouellet est paramédical communautaire. Au lieu de conduire les patients à l’hôpital en ambulance, il visite plutôt, à leur domicile, des personnes âgées qui ont appelé le 911.
« On oublie souvent la crainte, l’anxiété des personnes âgées d’aller aux urgences, » dit David Ouellet, paramédical communautaire chez Ambulances Demers.
Pour certaines personnes âgées, dans leur tête, quand on les amène aux urgences, elles ne reviendront pas dans leur maison. Quand on leur fait comprendre qu’on est là pour les aider et les maintenir à la maison, ça leur apporte un sentiment de sécurité et de sérénité.
David Ouellet, paramédical communautaire
Au Québec, ils sont seulement une dizaine de paramédicaux à visiter les patients à domicile en auto, sans leur ambulance. Environ 4200 patients par année en bénéficient.
Ce type de paramédecine – la médecine par les paramédicaux – a commencé en Montérégie, en 2019. Avec le vieillissement de la population et l’engorgement aux urgences, le CISSS de la Montérégie-Centre s’est demandé si on devait amener aux urgences toutes les personnes âgées qui composent le 911, même les cas mineurs qu’on peut régler autrement.
Ils ont donc monté un projet pilote de paramédecine, avec la bénédiction de Québec.
Au lieu d’amener machinalement tous les patients de 65 ans et plus aux urgences, où ils attendront pendant des heures avant de voir le médecin parce que leur cas n’est pas urgent, on leur envoie plutôt un paramédical en voiture.
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Le paramédical communautaire David Ouellet se rend chez les patients en voiture, plutôt qu’en ambulance.
L’auto de David Ouellet arrive souvent plus vite que l’ambulance, en une vingtaine de minutes. « Je fais une évaluation plus approfondie de la situation, et j’en discute avec l’infirmière », dit-il. Ensuite, ils décident si le patient doit être transporté aux urgences, ou si on peut lui offrir, dans les 24 heures, la visite d’une infirmière à domicile ou un rendez-vous en clinique avec un médecin de famille.
En Montérégie, ce service est offert aux patients de 65 ans et plus qui appellent au 911 et qui sont des cas à basse priorité. Des personnes tombées et incapables de se relever. Des maux de genou, de hanche, de cheville. En pratique, ce type de patients attend parfois des heures pour avoir une ambulance.
Si la répartitrice du 911 soupçonne un cas sérieux, de haute priorité (ex. : douleur cardiaque, difficulté à respirer), on ne prend évidemment pas de risque. Vite l’ambulance !
Beaucoup des appels au 911 ne sont pas des cas « urgents » au sens médical du terme : 64 % des patients âgés pris en charge par le projet pilote en Montérégie ne se rendent pas aux urgences. Aussi, 37 % des patients vont aux urgences, pas tant à cause de la gravité de leur cas, mais parce qu’ils doivent y passer des tests.
Depuis quelques années, le Québec commence à prendre le virage de la paramédecine.
Il était temps, car on a pris du retard, entre autres par rapport à l’Ontario. Dans le comté ontarien de Renfrew, un précurseur, la paramédecine se pratique depuis 2008.
On fait actuellement trois types de paramédecine au Québec :
pour les appels au 911, les cas non urgents sont dirigés au triage vers une infirmière au téléphone qui essaie de régler leurs problèmes sans passer par les urgences (c’est en vigueur dans 13 des 17 régions) ;
pour les appels au 911, les paramédicaux qui arrivent en ambulance chez des patients avec des cas mineurs peuvent suggérer de régler ces problèmes grâce à un rendez-vous avec une infirmière ou un médecin, sans passer par les urgences (en vigueur dans neuf régions) ;
en Montérégie, à Montréal et à Laval, le triage du 911 assigne en plus certains cas mineurs à un paramédical communautaire qui va seul au domicile des patients, sans ambulance. Pour le réseau de la santé, ça coûte deux fois moins cher qu’une ambulance.
La paramédecine comporte beaucoup d’avantages.
On contribue à désengorger (un peu) les urgences.
« Avec le vieillissement de la population, on va avoir un tsunami d’enjeux auxquels on n’est pas préparés, dit la D re Sophie Gosselin, urgentologue et médecin coordonnatrice aux urgences de l’hôpital Charles-Le Moyne, à Longueuil. Les urgences ne pourront pas absorber toutes ces visites-là. »
On se sert de l’expertise des paramédicaux et des infirmières pour les cas mineurs qui ne nécessitent pas l’intervention d’un médecin.
On soigne les patients plus vite. En Montérégie, le délai de réponse pour voir un paramédical communautaire est d’environ 30 minutes, contre au moins 8 heures aux urgences.
On soigne les patients à domicile.
On prolonge aussi la carrière de plusieurs paramédicaux, un métier très physique où il faut être capable de lever les patients.
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Le paramédical communautaire David Ouellet
En vieillissant, on a nos petits bobos, nous aussi. C’est une belle porte de sortie pour les paramédics qui ne sont plus capables de lever les gens.
David Ouellet, paramédical communautaire
Et le plus important : les patients sont satisfaits. En Montérégie, le projet-pilote a un taux de satisfaction « soviétique » de 96 %.
Pour toutes ces raisons, le ministre de la Santé Christian Dubé veut déployer la paramédecine « plus largement » en fonction des résultats des projets pilotes et des « particularités de chaque région ». Selon le cabinet du ministre Dubé, une infirmière ou un paramédical peut répondre « aux problèmes de santé ne nécessitant pas de soins immédiats », afin que « les transports aux urgences servent aux patients ayant des problèmes plus urgents ».
Il faudra peut-être moderniser nos lois, mal adaptées à la paramédecine. Elles exigent qu’un appel au 911 se termine par un transport à l’hôpital, si c’est la volonté du patient.
« Les paramédics ne peuvent pas évaluer la condition physique et mentale des patients, dit Julie Nantel, infirmière clinicienne et conseillère chez Urgences-santé, qui dessert Montréal et Laval. Ils appliquent des protocoles et doivent transporter des patients. Ils n’ont pas de latitude. »
Source: https://www.lapresse.ca/dialogue/chroniques/2024-08-16/quand-un-paramedical-vous-evite-d-aller-aux-urgences.php?sharing=true
